On part
à l'aventure

jardiniers en herbe


Besançon, FRANCE
2011-03-19

Chers amis,

J'ai pensé que ce ne serait pas mal que je partage avec vous ce qui m'arrive.  Quand mes idées prennent tournure, je suis toujours bien étonnée... L'aventure est toujours là devant soi...

De ma fenêtre au dixième étage, j'ai photographié l'aire de jeux des enfants des 8, 10, 12, 14, 16, Avenue Île-de-France, normalement réservée aux plus petits (1 à 6 ans), sous le contrôle des parents.  Vous voyez les carrés verts ?  À l'origine, ils étaient pourvus d'un arbuste.  Ces bacs à fleurs sont devenus bacs en friche à cause du non-respect.

J'habitais le parking des numéros 2, 4, 6... cent trente-deux beaux appartements qui vont bientôt être détruits.  Je passais souvent devant l'aire de jeux que je vois de ma fenêtre aujourd'hui.  Voyant ces carrés secs et en friche, je me disais : « Quand j'habiterai là, je demanderai pour faire un jardin avec les enfants. »  L'année dernière, j'avais soulevé avec eux l'idée d'un jardinet.  Chez les enfants, il n'y a pas de mesure.

« Quand on fera un jardin ? »
« Il faut que j'écrive au maire pour lui demander l'autorisation. »
« Pourquoi tu dois lui demander ? »
« Parce qu'ici, ça appartient à la Ville et c'est le maire qui décide. »

Des mamans me dirent que c'était une bonne idée.  Je me suis donc décidée à écrire à monsieur le maire pour lui expliquer mon projet.  Peu de temps après, j'ai un courrier.  La direction des Espaces Verts me dit que ma question est à l'étude et que d'ici trois semaines, j'aurai une réponse.  Par mail, j'ai un message du directeur des Espaces Verts.  Il me propose un rendez-vous sur l'aire de jeux.

« Que voulez-vous faire ?  Planter des légumes ? »
« Non, des fleurs. »

Je dis.  Il note.  Je demande deux carrés, je montre lesquels et explique pourquoi.  Il ajoute:  « Nous vous les préparerons avec un nouveau compost. »  Mercredi, je reçois un courrier plein d'encouragement de l'adjointe déléguée aux Espaces Verts avec un beau plan et les deux carrés accordés.

Ce même mercredi, j'avais donné rendez-vous aux enfants pour les faire patienter en désherbant.  Tout le monde était là, bien que quelques gouttes tombaient.  Ils décidèrent : « Quatre par carré ».  En fait, de huit enfants que j'attendais, j'en ai eu une bonne vingtaine.  J'avais prévu des gants de jardinage et des outils de jardin.

Des parents sont venus encourager les jardiniers qui se sont donné beaucoup de mal pour arracher cette herbe raide et récalcitrante.  Ils en ont rempli deux sacs.  Ils étaient contents.  Ils ont trouvé des vers de terre... explication, puis des petites bêtes noires qu'ils appellent des cafards.  J'explique encore... Sur le trottoir, des passants s'arrêtent devant tous ces jardiniers, observent.  Une dame aux cheveux blancs, connue pour la guerre qu'elle livre aux papiers jetés par terre, est émerveillée.  Je lui raconte un peu ce qui se passe.  Elle demande pourquoi nous n'avons pas tout.  Elle connaît les gens de la municipalité.  Elle va parler.

Toute la journée, des enfants me dirent : « Moi aussi, je pourrai faire un jardin ? »  Vous voyez mon problème.  Tous ces enfants : « Et moi, et moi...  je pourrai jardiner ? » Je ne suis pas là pour qu'il y ait des bagarres pour un bout de terre.

Quelques noeuds dans l'estomac et je me décide d'envoyer un mail au directeur.  Je lui fais part de mon gros problème après avoir remercié pour les deux carrés accordés.  J'ose demander les vingt carrés.

Vendredi, le téléphone sonne.  Le directeur me confirme qu'il a bien reçu mon mail et qu'ils vont préparer tous les carrés.  Il riait.  Je pense qu'il se doutait de ce qui allait se passer.

Pour couronner le tout, au milieu de mon aventure, je me trouve à Jardiland avec des enfants.  Je raconte mon histoire de jardins à une vendeuse :

« Me permettez-vous d'en parler à notre directeur ? »
« Oui, sans problème. »

Depuis, heureuse, elle me dit : « Le directeur est d'accord.  Vous allez avoir des graines de légumes et de fleurs.  Le représentant est mis à contribution.  Nous aurons des sachets, des échantillons, encore mieux, car ce sont les meilleures graines.

Voilà !  Nous partons à l'aventure !  J'entraîne ma petite troupe et reste leur « Capitaine ».  Ce mot « Capitaine » est vraiment devenu un sobriquet pour moi.

Mon désir le plus grand est que les enfants trouvent la paix, que les parents s'intéressent avec leurs enfants, que les passants cessent de critiquer ce quartier et soient bousculés dans leur coeur.

Si les jardinets, les fleurs, les légumes, mais surtout les enfants me permettent de témoigner de la grandeur de Dieu dans ce quartier où je suis une étrangère, une « Française » et, de surcroît, une chrétienne au milieu des musulmans, je ne pourrai que le louer.
 


2011-04-13

Tellement de choses se sont passées avec nos jardinets et jardiniers. Trois mercredis matins, ils se sont dépensés vraiment énergiquement pour arracher les mauvaises herbes.  Il y a huit jours, les enfants me dirent : « Mais, l'herbe est brulée ! »  Je fus étonnée.  Ce sont les services des Espaces Verts qui sont venus brûler l'herbe au chalumeau avant de travailler la terre.  Mais peu importe, mes jardiniers remuèrent encore avec force cette terre si durcie.

Hier, surprise !  et quelle surprise ! Le personnel des Espaces Verts dans nos jardinets !  Toute la journée, ils ont retourné cette terre.  Je suis allée les trouver.  Nous nous sommes expliqués sur l'histoire.  La dame en habit de jardinier fut bouleversée à la pensée de tous ces enfants qui voulaient jardiner.

Ce matin, ils étaient là et mes jardiniers aussi, puisque pas d'école le mercredi.

Du compost a été déposé dans nos carrés de terre.  Mes jardiniers ont eu des conseils des vrais jardiniers qui, pour les faire patienter, m'ont suggéré de mettre dans des petits pots des graines de tournesol à faire germer au chaud à la maison. 

Sitôt dit, sitôt fait !  Un sachet de graines de tournesol est ouvert et chaque graine trouve son petit pot rempli de compost et son jardinier qui doit en prendre soin et arroser sa graine qui sera replantée dans un carré pour faire un beau parterre de tournesols.

 

Balai en paille de riz, râteau en bois, mes jardiniers sont heureux d'utiliser du matériel appartenant aux professionnels.

Notre idée a pris une ampleur atteignant les adultes.  Les parents sont surpris de découvrir l'intérêt apporté à leurs enfants.  Les plus âgés, probablement aigris par la vie, disent : « Ça ne va pas rester.  Les voleurs... On va venir détruire, etc... »

« Il faut croire.  Ce sont des enfants.  Si on ne fait rien pour eux, que vont-ils devenir dans ce monde ? »  J'espère bien que tous les parents vont venir protéger le travail de leurs enfants.
 


2011-04-16

Aujourd'hui, nous aurons un jardinier pour encadrer, un jardinier pas de profession, des amis chez lesquels j'étais hier et qui m'ont raccompagnée chez moi pour voir les bacs.

Ce matin, huit heures, le téléphone sonne: « J'ai l'intention de passer chez vous vers dix heures... Est-ce possible ?  J'ai des petites choses pour vous. »  En fait, son épouse et lui sont allés à la jardinerie acheter un vrai râteau, une bêche à dents, un sachet de poireaux à repiquer.  Ils ont pensé qu'il fallait absolument que les enfants plantent quelque chose tout de suite.  Du coup, je suis allée à la jardinerie me procurer des étiquettes pour identifier les plants.  Ce fut l'idée forte de notre jardinier.  Il a apporté des baguettes fines pour délimiter les carrés des enfants qui se mettent à quatre pour chaque bac.  J'ai trouvé un livre « La culture en carré » comme ce que nous allons faire.  Quelle chance !  Je suis retournée avec Sibel (huit ans) acheter un arrosoir en promotion et des barquettes de fleurs à planter demain.

   

Ce soir, je suis allée arroser une fleur qui se fanait.  Elle avait été ôtée, puis replantée à l'envers, action d'un plaisantin.  Une fillette l'avait remise à l'endroit, mais sans arroser.

Malgré la fatigue, c'est un grand pas en avant qui me réjouit et qui aura des répercussions.

Besançon est une ville de 120 000 habitants.  Planoise, là où nous sommes, lieu-dit en périphérie de Besançon, compte environ 20 000 habitants... une ville dans la ville.  Besançon est la première en France comme ville verte, mais aussi comme ville pilote sur le plan national pour son action sociale, ce qui fait que j'y ai toujours trouvé les services compétents pour prendre en charge les situations difficiles.  Le jardinage, c'est construire pour Planoise.  Le secteur Île-de-France est assez mal coté, donc mettons des légumes et des fleurs pour faire parler de ce secteur autrement.

Que quelque part sur la planète, là où il y a la friche au lieu des belles fleurs, l'idée se poursuive.

Claudie Stewart
Besançon, FRANCE


2011-05-13

Les jardins vont bien.  Un radis est en train de prendre de l’embonpoint. Évidemment, je vois cela avec beaucoup d'optimisme. Les petits pois vont bien aussi et quelques haricots verts sont sortis... Quant aux tournesols, une fillette en avait comme les autres à faire germer chez elle. Sibel, de son prénom, avait deux magnifiques tournesols de 20 cm et en très bonne forme. J'en ai planté un dans son jardin et l'autre ailleurs pensant que si vengeance avait lieu, il valait mieux les séparer. Je les ai arrosés consciencieusement pendant que les enfants étaient à l'école. Ce sont des géants et voilà que dimanche, allant faire un tour aux jardins, un des deux avait été arraché.  Cela m'a fait si mal que toute la journée, j'ai pensé à ce pauvre tournesol plein de promesse. Les enfants savaient qui était l'auteur... Bon, je n'étais pas témoin, alors c'est difficile... L'accusé a nié quand j'ai demandé quelques explications... Pour l'instant ça va mieux mais j'ai dû batailler...

J'essaie de mettre les adultes dans le coup. Je remue quelques boulets.

J'ai les enfants avec moi et nous faisons la chasse aux épluchures et aux papiers.  Ils prennent goût à balayer, à racler. La semaine dernière, une maman a pris le balai à sa fille et elle a balayé et ramassé toutes les épluchures de graines que les dames avec elle avaient mises par terre. Tout le monde était content.

Un jour après l'autre, je vis le moment présent et laisse les circonstances mener la barque, restant Capitaine à bord pour que rien ne coule, même pas nos plantations.  La vie est passionnante quand elle est tournée vers l'autre, aussi jeune soit-il.  Les joies de notre cœur ne peuvent pas toujours se partager avec des mots.

Claudie Stewart
Besançon, FRANCE


Commentaires

Magnifique !!!

C'est ce que j'appelle la foi en action ! Merci pour ce partage touchant et tellement beau !!! Quand je passerai par Besançon, je tâcherai de venir visiter vos "carrés de la foi et de la VIE " !

Mai 2011
Mamie-Thé


Chère Claudie,

L'initiative proposée à vos moussaillons de semer des graines de tournesol m'a donné l'idée d'en faire autant.  En ce moment, les semis boivent le soleil sur le rebord de la fenêtre en attendant que le sol soit prêt à les accueillir.  Je suivrai fidèlement ces  jeunes pousses jusqu'à leur maturité.  Pour elles, je rêve d'une abondante floraison qu'il me fera plaisir de partager avec vous tous.

 

Mai 2011
Prélude


2011-06-08 (Nouveau)

Notre aventure se poursuit.  Que d'imprévus après avoir cru avoir tout pensé !  Je n'avais pas envisagé que les enfants eux-mêmes détruiraient les jardinets, qu'un chien viendrait y faire ses crottes... il ne sait pas lire «Interdit aux chiens».  Quand les graines se mettent à germer et à montrer le bout de leur nez, les apprentis jardiniers sont heureux, mais voilà que quelques heures plus tard, tout est piétiné et les jours suivants, la plante est assez grande pour être arrachée.

Le 31 mai, il bruinait.  C'était presque l'idéal pour recommencer l'un des jardinets.  Cette fillette de six ans a vu ses petits pois, ses radis et ses tournesols perdre la vie.  Nous avons décidé de resemer.  Elle fait un chemin pour y mettre ses graines qu'elle vous montre puis, malgré la pluie, elle arrose pour que la terre colle bien après la graine.  Le ciel nous arrose aussi et nous en sommes très reconnaissantes.

    

 

Après nos moments de tristesse suite à la dévastation, plus rien, rien du tout dans les vingt jardinets.  Nous repartons à la conquête de nos cultures.  Deux garçons veulent un jardin.  Belle aubaine !  Ils retournent la terre de leurs carrés respectifs.  L'un veut mettre des haricots et des radis, l'autre veut un jardin de fleurs.  Yassyn dépose ses graines de haricots blancs à écosser, puis consciencieusement, aligne ses graines de radis.  Il est heureux.  Moi aussi pour lui.

     

Wassine montre le mélange de graines qu'il va mettre dans quatre ou cinq sillons, puis recouvrir.

 

     

Parmi nos problèmes, nous avons aussi les moineaux et les pigeons.  Et oui !  Les coquins sont à la recherche des graines perdues et quand un petit malin remue la terre avec un bâton, les amis ailés sont à la fête.  Ils picorent allègrement.  Mes apprentis jardiniers découvrent que rien n'est simple.  Que d'obstacles !

La vie m'a appris beaucoup de choses et là, je suis confrontée avec tous ces enfants sur un lieu public.  Chacun pris à part est un trésor avec lequel vous avez le désir de faire plein de belles choses.  Quand ils sont en groupe, il y a les meneurs, les apprentis casseurs.  Que faire ?  Il faut jardiner dans leur coeur, trouver la faille, y semer l'amour et le respect de l'autre.  Nous n'allons pas baisser la tête devant la destruction.  Nous voulons prouver que notre persévérance sera payante en fleurs, en radis, en haricots... Les enfants se souviendront.


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