Un zinnia bien spécial
 
À la fin du mois d’août 2003, un matin où je m’attardais devant les plates-bandes de notre parterre, mon attention avait été attirée par une fleur très spéciale, un zinnia dont la longue tige couchée formait une sorte de « U » avant de se redresser vers le ciel. Je pouvais facilement deviner que, devenue trop lourde, la fleur avait ployé sous son propre poids, probablement suite à une averse ou un coup de vent.
 
Je me rappelle avoir été impressionnée devant « l’apparente » fragilité de ce zinnia et sa volonté de poursuivre sa vie de fleur. Je me souviens aussi combien je l’avais trouvé beau, malgré sa difformité. Je m’étais empressée d’aller chercher ma caméra afin d’immortaliser ce tableau qui venait achever de belle façon la saison fleurie.
 

 

Le 25 septembre suivant, mon père était terrassé par un AVC qui l’a laissé handicapé et qui a forcé son placement en centre d’hébergement. Malgré le fait qu’il ait pu conserver son entière lucidité, sa paralysie est venue bouleverser sa vie, celle de maman et, bien sûr, celle de ses trois enfants. Papa, malgré ses 78 ans à l’époque, était un homme grand, fort, droit et fier, qui en paraissait à peine 60. Généreux de son temps, il était toujours prêt à rendre service. Au dire de plusieurs – moi la première!–, papa était plutôt bel homme et même à l’approche de la quatre-vingtaine, il avait su conserver la coquetterie qui l’a toujours caractérisé. Toujours bien mis, il ne sortait jamais sans son après-rasage, ce qui plus d’une fois m’a valu cette remarque : « Comme ton père sent bon! Quel parfum porte-t-il? »

 

Papa vivait toujours dans sa maison avec maman et ensemble, ils venaient à peine de célébrer leur 55e anniversaire de mariage. Au cours des cinq mois qu’il a passés au centre de réhabilitation et dans les mois qui ont suivi son placement en CHSLD, papa était reconnu comme l’une des personnes ayant la plus grande volonté de retrouver son autonomie.
 

Il demandait toujours à se pratiquer, à essayer de marcher, harcelant parfois même le personnel soignant, en alléguant que ça n’allait pas assez vite à son goût. S’il y avait eu un « marathon de l’effort » à ces centres, mon père aurait sûrement été le premier à franchir le fil d’arrivée.

 
Mais malgré la meilleure volonté du monde, en raison des dommages subis à la partie droite de son cerveau, il n’a pu recouvrer l’usage de ses membres gauches et il est depuis confiné au fauteuil roulant, ce qui le laisse dans un état constant de souffrance morale.
 
Ce n’est que plusieurs mois plus tard, après être tombée par hasard sur la photo prise quelques jours seulement avant son attaque cérébrale, que j’ai pu faire un parallèle entre le zinnia et ce qui était arrivé à papa. L’année suivante, en juin 2004, à l’occasion de la fête des Pères, je lui avais fabriqué une carte avec la photo de ma fleur, contenant ce texte qu’elle m’avait inspiré :
 

Tu étais là, beau, droit et fier parmi les fleurs de mon jardin.
Par ta grâce et ta beauté, tu te démarquais de tes frères zinnias
et ta présence auprès des héliopsis offrait un magnifique tableau à contempler.
Généreux, tu aimais faire cadeau de ton doux parfum à qui savait le capter.
Promets-moi de n'en souffler mot à personne si je te confie ceci :
tu étais mon zinnia préféré.  Je t'aimais et t'appréciais.
Puis un jour, sans que tu aies le temps de le voir venir,
est survenu un grand coup de vent.
Sous la force du souffle puissant, tu es tombé par terre.
Pendant quelque temps, tu es resté cloué au sol, abasourdi, affaibli
et vulnérable, puis tu as vite essayé de te relever.
Tant... tant essayé.
Comme tous ceux qui t'aimaient,
j'ai souhaité de toutes mes forces te voir te redresser.
Tant souhaité... et prié.
Mais laisse-moi te dire ceci :
ta vulnérabilité n'a rien enlevé à ta beauté et ta dignité de fleur.
Et tu veux que je te dise ?
Lorsque je t'ai aperçu l'autre jour, j'ai été émue devant ta beauté.
Tu resteras toujours la fleur de prédilection de mon parterre
et je me réjouis à l'idée que tu puisses encore, pendant quelque temps,
me faire cadeau de ta présence
avec tout ce qu'il y a de plus beau et de meilleur en toi.

 

À papa,

 

Ta fille qui t'aime,

 

Pauline xxx

 
Cela fera bientôt huit ans que cette maladie est venue chambouler la vie de mon père. À 86 ans, il demeure cependant toujours parfaitement lucide. Malgré le fait qu’il lui arrive encore, à l’occasion, de vivre des moments de découragement, il sait toujours se relever. Ma mère, aujourd’hui âgée de 89 ans, vit de son côté en résidence pour personnes autonomes. Cette séparation a été douloureuse pour mes deux parents. Tout comme mon frère, ma sœur et moi-même, maman continue de le visiter et de le soutenir.
 
En cette journée spéciale de la fête des Pères, c’est son courage que j’ai voulu souligner en songeant aussi à tous les autres papas qui vivent des situations semblables et à tous ceux et celles qui continuent de leur apporter soutien moral et physique, et réconfort.
 

Heureuse fêtes des Pères!

 
 

 

 

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