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Il est un petit jardin que je soigne
avec amour. Après avoir préparé la
terre, j’y ai enfoui, il y a quelques
mois, des tubercules de dahlias.
J’aimais à songer que la plante faisait
invisiblement son travail et que,
bientôt, je verrais sortir les tiges
vertes. Les semaines passèrent en
vain. C’est alors qu’un jardinier me
dit:
_ Êtes-vous sûre de n’avoir pas
d’escargots, de limaces, dans vos
plates-bandes ?
Le premier examen révéla une tribu de
ces bêtes goulues qui se repaissaient
des jeunes pousses au fur et à mesure de
leur apparition. On fit place nette, et
bientôt une tige, deux tiges, vingt
tiges montèrent vers la lumière,
s’étoffèrent de feuillage; et parurent
les premiers boutons.
Le jardinier intervint à nouveau.
_ Vous n’aurez que des fleurs ordinaires
si vous laissez plusieurs boutons sur la
même tige.
J’éliminai donc les boutons parasites.
J’attendis encore longtemps: que
l’éclosion d’une fleur est donc lente à
notre impatience ! N’y aurait-il pas
lieu de désespérer, si l’expérience ne
prouvait pas qu’elle se produira
sûrement ? Enfin, un jour je fus
accueillie par un grand dahlia,
magnifiquement épanoui.
La leçon du dahlia: vous l’avez
comprise. Elle est
l’image exacte de ce qui se passe en
nous depuis l’instant où nous
enfouissons dans notre subconscient la
pensée créatrice de toute joie, jusqu’au
jour où elle s’épanouit en santé, en
prospérité, en tendresse. Lente
évolution, d’abord invisible, puis
exposée à la dévastation des escargots
voraces de notre monde inférieur que
sont les pensées de maladie, d’échec ou
de violence. L’éparpillement nuit à la
force de la pensée tout comme de
nombreux boutons sur une seule tige nuit
à la beauté de la fleur.
Enfin, si nous ignorions que les
feuilles sont déjà le dahlia, que
verrions-nous de commun entre tout ce
vert et les pétales colorés que nous
attendons ? Cela ne vous montre-t-il
pas que presque toujours l’éclosion de
notre espoir implique des événements
dont nous ignorons qu’ils sont la tige
et le soutien des réalisations ? |