Quand les enfants s'en vont à l'école
Chronique « Signe des Temps »
 

Aurore Dessureault-Descôteaux (1926-2015)

Historienne et romancière québécoise. En 1969, elle fut désignée « femme canadienne-française de l'année » par le magazine Châtelaine. On lui doit notamment le feuilleton télévisé Entre chien et loup, diffusé pour la première fois en 1984, qui raconte la vie rurale des Québécois du début du XXe siècle. Ce feuilleton a ensuite été transposé en roman.

 

 

 
Septembre approche à grands pas.  Bientôt, nos jeunes reprendront le chemin de l'école.  Nos rues seront égayées par  leurs vêtements multicolores.  Les petits, quittant leurs parents pour la première fois, auront le coeur gros, tandis que leurs aînés espéreront se retrouver dans la même classe que leurs amis.

À travers les cris de joie et les bousculades de ce beau monde, il y aura au fond de leurs yeux l'angoisse de l'inconnu.  Comment s'y retrouveront-ils dans une nouvelle école et ses nombreux labyrinthes ?  Les plus grands deviendront-ils les défenseurs des petits ou leurs agresseurs ? L'accueil, tant des directeurs d'école, des professeurs que des jeunes les uns envers les autres, sera très important.  Je suis certaine que vous agirez mieux qu'une certaine Marthe.  Je m'explique:

Un jour, Marthe attend le Seigneur pour le souper.  Dès l'aube, elle pétrit du pain frais et décante un bon vin pour son invité.  Vers midi, sa voisine vient lui emprunter du sel.  Elle la renvoie en lui expliquant qu'elle n'a pas une minute à perdre, car elle attend de la grande visite et son ménage n'est pas fait.

Puis arrive la voisine d'en face.  Elle a un urgent besoin d'une urne d'eau fraîche pour soulager son enfant fiévreux qu'elle n'ose pas laisser seul, le temps d'aller puiser de l'eau au puits.  Marthe lui répond qu'elle n'a que l'eau nécessaire pour cuisiner son repas et pour faire les ablutions.  Elle est si pressée que les derniers mots se perdent dans l'entrebâillure de la porte.

Voilà que sa cousine veut lui emprunter ses sandales et sa tunique neuve pour aller enseigner aux enfants du hameau voisin.  Marthe, exaspérée, la rabroue vertement: « T'imagines-tu que je vais recevoir le Seigneur avec une tunique poussiéreuse ?  Non merci ! »

Le couvert est dressé depuis un bon moment.  Le repas est fin prêt.  Marthe, revêtue de sa tunique impeccable, attend le Seigneur, mais il ne vient pas.  Dès le lendemain, elle va lui reprocher son oubli, lui expliquant tout le mal qu'elle s'est donné pour le recevoir dignement.

La réponse du Seigneur ne se fait pas attendre:

« Ma bonne amie, je suis allé chez toi et tu n'as pas voulu me recevoir ! »

« Mais, c'est impossible !  J'étais si affairée à mes préparatifs que je n'ai pas quitté la maison ! »

« Marthe, j'ai eu besoin de sel, d'eau fraîche et j'ai même voulu emprunter ta tunique, mais tu n'as pas entendu mes demandes ! »

Ce sera bientôt le chahut de la rentrée.  À travers les élèves aux comportements parfois déroutants et aussi à travers les
« profs » étouffés sous des tas de contraintes et de paperasseries inutiles, le Seigneur essaiera d'exprimer ses besoins de compréhension, de commune union et d'amour.  Mais qui aura le temps de l'écouter ?
 

Aurore Dessureault-Descôteaux (1926-2015)

 

Photo en provenance du Web

 

 

 

Retour aux textes

 

Retour à l'accueil

 

Conception graphique Prélude
Tous droits réservés Copyright © 2011