Une naissance, ça se prépare
Chronique Signe des Temps
 

 

Aurore Dessureault-Descôteaux (1926-2015)

Historienne et romancière québécoise. En 1969, elle fut désignée « femme canadienne-française de l'année » par le magazine Châtelaine. On lui doit notamment le feuilleton télévisé Entre chien et loup, diffusé pour la première fois en 1984, qui raconte la vie rurale des Québécois du début du XXe siècle. Ce feuilleton a ensuite été transposé en roman.

 

 

Nous ne sommes qu’en novembre et déjà, la froidure semble être arrivée pour de bon, car il a neigeassé presqu’à chaque jour.  Ce mercredi matin, à sept heures, il fait tempête.  La poudrerie lèche le toit des maisons et souffle la neige à ma fenêtre avant de la disperser aux quatre vents en attendant une autre rafale.

Je m’enserre dans ma robe de chambre pour neutraliser la chair de poule qui me fait frissonner et je me laisse envahir par l’ennuyance à la pensée du long hiver qui vient.  Et si je l’apprivoisais au lieu de le subir ?  Je m’habille comme un oignon, puis je sors affronter cette furie.  La solitude matinale m’entraîne sur le chemin de la réflexion.  Il n’y a pas si longtemps, la nature était revêtue de grisaille, puis elle s’est laissé transformer.  Comme je voudrais avoir sa souplesse et sa docilité pour entrer de plain-pied dans le temps de l’Avent !

Peu à peu, la poudrerie chasse ma nostalgie et m’entraîne sur le chemin de mes souvenirs d’enfant.  Jadis, pendant cette période, l’on se privait de sucreries, de collations entre les repas, et l’on observait les jours de jeûne et d’abstinence.  Tout en nous reposant l’estomac, nos cœurs se remplissaient de l’espoir grandissant d’arriver à la joie de Noël.

Le grésil me pince les joues comme au temps où nous montions au village à plein « berlôt » pour participer à la Messe de Minuit. Puis, sur le chemin du retour, nous rêvions du réveillon avec des cadeaux faits de petits riens tout neufs, mais donnés avec joie.  Pendant le Temps des Fêtes qui durait jusqu’à la fin de janvier, la parenté se voisinait pour fraterniser et s’empiffrer de boustifaille.

Après les repas, c’étaient les grosses veillées arrosées de « piquette » maison, avec les gigues et les chansons à répondre au son d’un piano aux notes parfois discordantes, tandis que les enfants, entassés dans les marches de l’escalier, s’amusaient avec leurs jouets tout en passant des commentaires amusants sur les performances des « stars de la soirée ».

En revenant vers la maison, j’ai pensé à la fête du Christ, Roi de l’univers, que nous venions de célébrer, un Roi dont la couronne n’était pas fabriquée d’or et de pierres précieuses, mais d’épines.  Après un temps de prières et de renoncements, à Noël, nous retrouverons l’enfant-roi couché, non pas dans un lit moelleux et satiné, mais dans une crèche rugueuse, à la hauteur de sa couronne.

En ce temps de récession, l’Avent est propice pour partager nos biens, notre chaleur humaine, notre tendresse et notre amour avec simplicité, à la mesure du cœur de Jésus qui est sans mesure.

 

Aurore Dessureault-Descôteaux (1926-2015)

 

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