Nous ne sommes qu’en novembre et
déjà, la froidure semble être
arrivée pour de bon, car il a
neigeassé presqu’à chaque jour. Ce
mercredi matin, à sept heures, il
fait tempête. La poudrerie lèche le
toit des maisons et souffle la neige
à ma fenêtre avant de la disperser
aux quatre vents en attendant une
autre rafale.
Je m’enserre dans ma
robe de chambre pour neutraliser la chair de poule qui
me fait frissonner et je me laisse envahir par l’ennuyance
à la pensée du long hiver qui vient. Et si je
l’apprivoisais au lieu de le subir ? Je m’habille comme
un oignon, puis je sors affronter cette furie. La
solitude matinale m’entraîne sur le chemin de la
réflexion. Il n’y a pas si longtemps, la nature était
revêtue de grisaille, puis elle
.
Comme je voudrais avoir sa souplesse et sa docilité pour
entrer de plain-pied dans le temps de l’Avent !
Peu à peu, la
poudrerie chasse ma nostalgie et m’entraîne sur le
chemin de mes souvenirs d’enfant. Jadis, pendant cette
période, l’on se privait de sucreries, de collations
entre les repas, et l’on observait les jours de jeûne et
d’abstinence. Tout en nous reposant l’estomac, nos
cœurs se remplissaient de l’espoir grandissant d’arriver
à la joie de Noël.
Le grésil me pince les
joues comme au temps où nous montions au village à plein
« berlôt » pour participer à la Messe de Minuit. Puis,
sur le chemin du retour, nous rêvions du réveillon avec
des cadeaux faits de petits riens tout neufs, mais
donnés avec joie. Pendant le Temps des Fêtes qui durait
jusqu’à la fin de janvier, la parenté se voisinait pour
fraterniser et s’empiffrer de boustifaille.
Après les repas,
c’étaient les grosses veillées arrosées de « piquette »
maison, avec les gigues et les chansons à répondre au
son d’un piano aux notes parfois discordantes, tandis
que les enfants, entassés dans les marches de
l’escalier, s’amusaient avec leurs jouets tout en
passant des commentaires amusants sur les performances
des « stars de la soirée ».
En revenant vers la
maison, j’ai pensé à la fête du Christ, Roi de
l’univers, que nous venions de célébrer, un Roi dont la
couronne n’était pas fabriquée d’or et de pierres
précieuses, mais d’épines. Après un temps de prières et
de renoncements, à Noël, nous retrouverons l’enfant-roi
couché, non pas dans un lit moelleux et satiné, mais
dans une crèche rugueuse, à la hauteur de
sa couronne.
En ce temps de
récession, l’Avent est propice pour partager nos biens,
notre chaleur humaine, notre tendresse et notre amour
avec simplicité, à la mesure du cœur de Jésus qui est
sans mesure.