rabot, tranche, blesse
 

Les outils et le charpentier

 Jean VERMETTE

 

 
Il y avait une fois, il y a bien longtemps de cela, dans un petit village palestinien, un atelier de charpentier.

Un jour que le maître des lieux était absent, les outils se réunirent en grand conseil sur l’établi. Les conciliabules furent longs et animés ; ils furent même véhéments. Il s’agissait d’exclure de la communauté des outils un certain nombre de membres qui ne méritaient vraiment pas d'en être.

L'un prit la parole :
– Il faut, dit-il, exclure notre soeur la scie, car elle mord et grince des dents. Elle a le caractère le plus grincheux du monde.

Un autre dit :
– Nous ne pouvons conserver parmi nous notre frère le rabot qui est trop tranchant et qui blesse tout ce qu'il touche.

– Quant au frère marteau, dit un troisième, je le trouve assommant : il est tapageur, il cogne sans cesse et nous tape sur les nerfs. C'est insupportable. Qu'il aille exercer pareils talents ailleurs !

– Et les clous ?... Peut-on vivre avec des gens qui ont le caractère aussi pointu ? Qu'ils disparaissent !...

Et que la lime et la râpe s’en aillent aussi. À vivre avec elles, ce ne sont que frottements perpétuels.

Qu’on chasse aussi le papier de verre dont il semble que la raison d’être dans cet atelier soit de toujours froisser !

Ainsi discouraient en grand tumulte les outils du charpentier. L'histoire ne dit pas si c'était le marteau qui accusait la scie et le rabot qui criait haro sur la lime ou l'inverse, mais le fait est, qu'à la fin de la séance, tout le monde se trouvait exclu par tout le monde.

La réunion bruyante prit fin subitement par le retour de l'artisan.

On se tut lorsqu'on le vit s'approcher de l'établi. Il saisit une planche et la découpa avec la scie qui grince. Il l'amincit avec le rabot au ton si tranchant. Le ciseau qui blesse cruellement, la râpe au langage si rude et le poinçon qui prend plaisir à piquer au vif, entrèrent successivement en action par ses mains habiles.

Il prit alors les clous au caractère pointu et le marteau qui fait tant de tapage pour fabriquer un berceau...

...pour accueillir l'Enfant à naître
...pour accueillir la Vie.

Joyeux Noël ! Toute Espérance est permise !
Même nos imperfections peuvent devenir, par Tes mains, Seigneur,
outils pour la construction du Royaume parfait que Tu nous destines.

 

Jean VERMETTE

 

Photo en provenance du Web

 

 

 

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